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 » Voilà l’image qui m’a fait vibrer le plus de la marche des retraités et des blessés de l’ANP le dimanche 21 mai 2017 de Boumerdes vers Alger …peut être parce que Farouk est un ami, on a le même âge… Il était toujours souriant , dynamique et élégant. il a décidé de rejoindre l’armée nationale… Je me souviens comme si c’était hier de la triste nouvelle qui a fait sombrer toute la région d’Aokas dans une tristesse indescriptible … Farouk a perdu ses deux pieds et une main lors de l’explosion d’une mine antipersonnel alors qu’il était en plein ratissage à Tenesse( Chlef) … Farouk et ses amis militaires traqués les sbires de  » la personnalité nationale  » Madani Mezrag… L’Algerie a tourné le dos à ses meilleurs enfants!
Madani Mezrag et ses acolytes roulent avec des Mercedes blindées tandis que Farouk et ses amis luttent encore pour avoir une retraite décente…
Pauvre Algérie! « 
Photo prise lors de la marche des retraités et des blessés de l’ANP le dimanche 21 mai 2017 de Boumerdes vers Alger
Texte et Photo  Hafit ZAOUCHE

Ceux qui restent collés à leur rocher en cet été ! Ceux qui ne partiront pas en vacances ! Ceux qui ne prendront pas des glaces ou des grillades sur les terrasses de Palm-Beach, de Sidi-Fredj, Staoueli ou de la Madrague ! Ceux qui restent collés à leur simple sourire avec leur seul amour à l’absence eternel de leurs parents fauché par les balles ou les bombes des terroristes islamistes ou terroristes d’Etat tout court !

Ceux qui vivent d’une pension qui équivaut au prix d’un repas délicieusement avalé un soir d’été par n’importe quel député dans ce restaurant de fortune au port de Ain-Beniane, en compagnie de la fille du ministre de la réconciliation nationale ! Ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter un parasol, chaise longue et crème solaire ! Ceux-là, nul ne les connait, personne ne les croisent, aucun ne les reconnait ! Ceux-là, sont ces enfants, ces femmes et ces mères qui n’appartiennent à personne, juste à l’oubli et à la souffrance ! Ceux là c’est le vomi de la république ! … le chemin est long, les montagnes sont belles ! Je demeure très touché, de me voir sur ce chemin qu’ont emprunté nos aïeuls jusque là, ce chemin dont énormément de vie restent fauchées bêtement par des haines mal placées !

Hélas, le malheur des uns fait le bonheur des autres ! L’assassinat des uns propulse plus loin le confort des autres ! … nous sommes entourés de tellement de tentations, que beaucoup se laissent emporter par un destin imposteur. Je respecte la faiblesse, la trahison, la lâcheté et leurs initiateurs, mais qu’on respecte ma liberté de le dire. Est-ce que doit-on le dire, le parler ou le chuchoter ou rester seulement muet pour ne pas déranger les maîtres, du moins le temps de finir leurs repas ? Le temps de bouffer nos rêves et notre devenir ! Et nous en face, en de dociles observateurs, muets et tolérants ! … Il faut m’incliner pour regarder plus loin où l’on veut me conduire comme pour me fausser la direction et l’horizon, alors je ne m’incline pas, je ne baisse pas mon crâne si bas que ça.

Incroyable destin que celui de ce peuple, renfermé et battu depuis un siècle et demi par des ennemis. Libéré, depuis lors, il est avili et déchiré par son frère aîné. …dernier instant de complicité avec la misère, je décide de tout balancer sur la route, sur les trottoirs, sur les visages monstrueux et haineux qui nous détruisent chaque seconde,… sans la moindre force pour reprendre mon ultime chemin, celui de tout foutre en l’air… je suis d’une colline depuis laquelle on entend tout genre de cris de détresse… des cris littéralement creusés dans l’âme des mères qui abritent ma montagne. Ma plume a ses chichis en cette saison particulièrement caniculaire et insoutenable de ce coté là de la planète. Comme les grincements des mots qui se bousculent au fond de mes veines ne suffisaient pas pour aérer et revivifier une de ces vastes feuilles blanches qui appellent mes pensées, je me replie comme une de ces vagues de mer comme pour laisser place à sa semblable asséner ce qu’elle apporte comme motif. … pour que le soleil soit plus bronzant pour les vrais enfants de l’Algérie, les enfants du hallal, ceux des cadres , du déni et de la corruption, il ne faut pas que la pauvreté et la misère des orphelins des milliers de cadres assassinés, s’y interpose le long de la journée pour ne pas gâcher la couleur marron doré, très à la mode dans certains milieux et entre certains copains.

C’est pourquoi nos plages restent déconseillées pour une certaine classe, dite classe des riches. La classe populaire, ingrate, sale, ignorante et primitive. C’est une classe que les enfants de la secte au pouvoir ou des institutions satellites ont souvent honte de s’associer à elle. Et donc, les destinations les plus intéressantes sont déjà choisies ! Espagne, Italie, les Etats-Unis etc.

Bien sur ! Je rentre ce soir chez moi, je reviens d’une journée d’été pas comme les autres. Une journée d’été, sans beaucoup d’estivants. Pas beaucoup ! Oui pas beaucoup ! Sur la plage du petit paradis sur les cotes d’Azzefoun, en Kabylie, je n’ai pas croisé Tahar Djaout et sa famille sur le sable de Sidi Khalifa ? Ce sable fin et brillant d’espoir pour l’Algérie qui avancera, mais un repenti barbu qui profite d’un soleil, le soleil de la réconciliation avec la trahison et la dignité qui recule. Cet été personne ne croisera Rachida Hammadi et sa sœur Houria, devant son domicile à la cité Rostomia (ex-Clair val) de Chevalley, sur les hauteurs d’Alger, puisque elles ne sont plus de ce monde depuis mars 1995. C’est la première femme journaliste assassinée par les islamistes intégristes. Je reviens d’une randonnée où le soleil ne produit aucune ombre. Plutôt, Pas d’ombre d’un éclair pour illuminer les sentiers.

Une randonnée dans la forêt de Tamgout, sans remarquer la moindre agape de Said Tazerout avec sa famille sous un chêne-zêne. Melissa, sa fille reste chez elle avec son frère Sofiane qui nait deux mois après l’assassinat de son père. Je rentre d’un bar d’Azazga, d’un cœur meurtri. Je n’ai pas rencontré beaucoup d’amis. Ils sont tombés sous les balles assassines des gendarmes au Printemps noir de Kabylie. Je suis sur Alger, à prendre un whisky sur la terrasse de l’hôtel sable d’or. Je n’ai vu défiler aucun journaliste, médecin ou artiste dans le coin. Ils ne sont pas loin, je le sais. Sous terre. Tués en milliers, en centaines de milliers. Je rentre chez moi pour ressortir aussitôt. Je n’en peux plus de rester immobile devant ma mémoire qui me chante des noms oubliés de tous. Des noms en cascade funèbre. Des noms dont je ne citerais aucun puisque la liste est si longue que ni cette feuille ni aucune autre d’ailleurs ne pourra supporter la teneur. Par contre, j’ai croisé beaucoup de choses. Beaucoup de honte. Beaucoup de maux. Beaucoup de traitres. Beaucoup d’imposteurs. Beaucoup d’opportunistes. Beaucoup de terroristes. Beaucoup de repentis. Beaucoup d’amnésiques.

Le sens des mots est en exil. J’ai croisé une Algérie, non pas la mienne certainement, mais celle de la secte de Bouteflika. Une Algérie qui fait semblant de poursuivre un chemin qui m’est étrange en tout cas. Un chemin sans issue. Une Algérie des traitres, des pétrodollars, des corrupteurs, des assassins, des criminels, des enfants du cœur de la manne pétrolière… Mais surtout j’ai croisé les enfants, que le soleil brulera le plus. Les enfants des vingt dernières années. Les enfants des parents qui, pourtant à un moment ont prévu de quitter leurs progénitures pour ne plus jamais y revenir, l’ont simplement fait par amour et pour permettre aux Algériens de mieux vivre en dignité. Aujourd’hui, les algériens semblent occupés, loin dans leurs coins, pour ne point retourner leurs têtes dans ce côté là du passé récent.

Oui ! Malheureusement Oui ! Parce que de ce côté là, on distinguera des visages qui vont nous rappeler un honneur, une origine et une histoire. De ce coté là, on distinguera en plus de leurs visages, pleins de bambins très charmants et souriants qu’ils auraient pu enfanter si ce n’est la mort qui les a empêchés ! On les verra mieux habillés et mieux entourés, mais alors mieux amusés! …ce qui est censé les amuser et les chauffer de joie n’est plus! …il n’est pas si loin, il a juste changé de camp. C’est pourtant des enfants isolés parmi nous, isolés au milieu de nous. Isolés et invisibles.

Tout rendez-vous avec les mémoires semble évité volontairement. Chacun le fait avec génie et maîtrise.

Idir TAZEROUT

 

 

http://lavoixdalgerie.com/enfants-nappartiennent-a-personne/