MATOUB Lounes


  • Ton nom est MATOUB…Ton nom est combat

Tu as fait des montagnes ton âme et tu as chanté la femme. Tu as chanté l’amour et crié l’injustice. Tu as clamé la vérité et dénigré les lâches. Tantôt moqueur tantôt mélancolique, parfois railleur souvent juste, ton verbe fut ensorceleur.

Généreux, timide, frondeur et téméraire, ta réputation de dur à cuire cachait souvent une sensibilité et une bonté à fleur de peau. Humain jusqu’au bout des ongles, tu fus pourtant plus enragé qu’engagé.

Tel ton père spirituel Slimane Azem, tu chantas l’exil aux milles souffrances. Tu chantas la jeunesse et le grand âge sous les ronces. Et ô bonheur! l’originalité de ta poésie chantée, sentie et vécue ne fut que plus envoûtante, que plus magique. Une poésie venue du fin fond d’un cœur meurtri et d’une mémoire ensanglantée.

Le torrent saisit ton Verbe pour en faire un don à tous les êtres. Tu émergeas de l’angoisse de la vérité tel l’éclaire lézardant les cieux en colère. Allant au devant d’un équilibre sur le tranchant de la vie, avec la solitude pour arsenal, tu craignis que nul n’entendrait ta voix si elle venait à sombrer au fond du puits.

Forgeron d’un verbe producteur d’images, tu ne trouvas pourtant pas de quoi assouvir cette absolue soif qui t’oppressait. T’épouvantait demain qui tombe, t’épouvantait la tombe, ton crépuscule dévorait le temps lucide. Quand ton chant s’identifiait au flux du temps intime dans l’agitation grondeuse de l’histoire, le temps de la vie renaîssait jusqu’à la grandeur de ce qui est vécu. Ton lexique fut rare et ta syntaxe fut soutenue.

Ainsi, ton grand amour pour les mots oubliés fut une manière de propagande par le fait. Une manière ô combien noble et fière de rendre hommage à une culture ancestrale, à une culture que tu chérissait au-delà de tout, à la culture kabyle. A ta culture.

Ta sensibilité fut nourrie par cet amour de la liberté, de la justice et de la démocratie jamais égalé. Cet amour te mena à te soulever contre la Malédiction mandée pour visiter nos villages. Le Message qui exhorta ton verbe ne t’arracha hélas pas aux tourments du temps. Ta parole salvatrice brisa les clôtures des yeux et des coeurs contemplatifs. Ta parole à toi, toi qui as entendu l’engeance calomnier. Toi qui, ta patience, tes larmes et tes blessures furent une lutte. Toi qui as foulé une voie semée de braises sans atteindre ton désir pourtant. Toi qui a goûté à l’arbre des tourments et tété au sein des souffrances. Toi dont le don de l’aube à ton éveil fut épreuves après épreuves. Toi dont le malheur, seul ami de ton monde, a mit une bride à ton repos, et a paré la calamité de toutes les beautés afin qu’elle piétine ta paix. Toi qui offris ton visage au miroir de la vie qui l’a lapidé de balafres. Toi dont le coeur fut creusé des brûlures du feu qui soufflait sur lui. Toi qui fis de la liberté égorgée, au lieu où elle a sombré, ta langue.

Tu chantas le sort qui nous affligeait et de ton cœur la terreur s’exila. Les montagnes, elles seules tu invoquas. Dis-moi, ta voix, qui ne l’a entendu?

Dans ta demeure, l’Ogresse te guetta, tu ne donnas pourtant pas voie aux lamentations. Tu affrontas le crachat des mitrailles, mais ta vérité, saignant à vif, fut sans tache.

Enfant du peuple tu fus, et enfant du peuple tu es resté. Tu ne fus pas militant d’un parti, mais tu fus militant de la poésie, de l’amour, de la liberté. Tu fus militant de tes idées et tes principes. Tu fus militant de la vie. Tour à tour tu séduisis, tu agaças, tu troublas, tu alarmas, tu bouleversas, tu émus, tu fascinas, tu révulsas, tu dérangeas, tu irritas, tu provoquas, tu enthousiasmas mais jamais tu ne laissas indifférent.

Ta conviction fut clair, de la clarté de l’eau de roche de ta Kabylie belle et rebelle. Ta conviction fut:

« Si quatre murs m’enserrent,

Si je ne vois que l’échafaud;

Si la misère m’aspire

Et si mon chemin est une pente au gouffre;

Que l’on me dise: Où crois-tu aller?

Je clamerai: Je suis AMAZIGH! »

Et en AMAZIGH, homme libre tu nous quittas. Magicien du verbe, rebelle et révolté jusqu’à ton dernier souffle, tu marquas toute une génération d’assoiffés de liberté et de justice.

Ainsi va la vie. Ainsi vont les hommes.

Adieu MATOUB Lounes. Plutôt au revoir, chantre des causes justes.

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