Alors, dis et meurs… !!!


Par Kam Mél

Le 22 mars, dans les rues d’Alger, une grande manifestation, énorme de sens ; une foule héroïque de femmes et de jeunes proteste. Elle proclame sa révolte, son espoir, sa volonté.

Sur une banderole, un texte de Tahar Djaout :  » Si tu parles, tu meurs. Si tu te tais, tu meurs. Alors, dis et meurs. »

Alors ;

Dis pour toutes celles et tous ceux qui étaient là, dans les rues, portant cette banderole ou une autre; pour ton pays; pour ceux qui seront morts avant toi et qui mourront après toi; pour vos mères, vos femmes, vos enfants, pour les poètes, les soldats et les policiers, les étudiantes et les journalistes.

Dis pour Boudiaf, assassiné parce qu’il disait juste.

Dis que le peuple algérien n’accepte pas le sort qu’il subit; il a déjà payé cher le droit d’être libre; répète qu’on veut le soumettre.

Crie ta liberté, celle aussi de toutes les femmes et de tous les hommes partout dans le monde. Car le combat pour la liberté est partout et toujours le même. Tous ceux qui y participent sont frères dans leurs rêves, leurs risques et leur mort.

Dis pour ta foi. Elle enseigne la générosité, l’hospitalité, le respect de la vie, le respect de l’autre.

Dis pour l’avenir, parce que tes sœurs, tes frères et toi aurez des enfants, qui auront des enfants à leur tour qui voudront travailler et vivre libres jusqu’à la fin du temps, sur leur terre, simplement parce qu’elle est leur terre. C’est d’elle que vous êtes tous pétris.

Crie au gouvernement de gouverner, car ce n’est pas contre lui que tu te dresses, mais contre ses faiblesses et ses arrangements incertains. Il n’y a pas d’arrangement possible.

Dis-lui que gouverner, c’est fabriquer l’avenir avec vous ; pas négocier le présent avec ceux qui tuent et menacent.

Crie pour l’avenir qu’on te dérobe, pour le travail qu’on te refuse, pour la maison ou tu veux créer une famille. Pour le village, le quartier et la ville où tu veux vivre avec des voisins, des amis, des enfants.

Demande le savoir auquel tu veux accéder ; hurle contre l’abus de pouvoir et la corruption.

Dis pour retrouver le goût de rire et l’espoir de vivre.

Dis pour tous ceux qui sont prêts à hurler et à chanter au risque d’en mourir. Interpelle ceux qui menacent de te faire tuer parce que tu crois que Dieu est vie et bonté; ceux qui, de leurs mains te tueront peut-être, parce qu’on leur aura dit de le faire.

Dis leur que tu les combats sans haine et les attends sans peur.

Dis leur bien que tu les combats parce que tu es leur sœur ou leur frère et qu’ils se trompent. Il n’est pas d’assassinat vertueux.

Proclame que l’histoire de l’Algérie est une douloureuse quête de liberté et que cette quête se poursuivra jusqu’à l’accomplissement, quel qu’en soit le prix. Appelle ton gouvernement au secours de ton pays.

Dis-lui que le salut n’est ni dans le compromis, ni dans la répression. Il est dans l’ordre rétabli tendu vers le projet, le progrès, vers la démocratie et le développement. Somme-le de dire son programme et son calendrier, les forces sur lesquelles il veut s’appuyer. Il ne les mobilise pas aujourd’hui parce qu’il n’a ni visions, ni règles. Qu’il les mobilise donc !

Dis-lui donc de lutter sans faiblesse contre ceux qui menacent le pays lui-même et de répondre clairement à l’attente de ceux qui veulent le construire.

Dis aux pays frères que l’Algérie combat pour eux aussi, parce qu’ils sont tous menacés par la barbarie de tueurs qui peuvent, au nom du Livre, ici ou là, imposer leur pouvoir alors qu’ils trahissent l’enseignement du Livre.

L’image que le monde a de l’islam résulte de l’usage politique qui en est fait, non du message que sa sagesse et sa religion expriment.

Dis au monde qu’il se trompe.

Mais nous, dis-nous, dis-nous bien qui est l’Algérie, qui elle veut être, pour que nous puissions la comprendre et qu’elle trouve sa place parmi les peuples qui vont faire de la Méditerranée une zone de paix et d’avenir. Ces peuples t’attendent avec impatience et angoisse.

Tu sais qu’il ne suffit pas de dire; tu sais bien, toi, que la victoire contre la violence et la haine exige que l’on se batte, mais sans haine.

Et toi, Algérie, crie pour ne pas mourir. Si tu cries et si tu te bats pour la liberté et ton avenir, tous les hommes, toutes les femmes du monde seront avec toi.

Depuis le 22 mars, ils sont près de toi. Ils t’écoutent. Ils tendent leurs mains vers tes mains innombrables.

Alors dis et tu vivras !!!

PS : Ce texte né pas de moi, je l’ai lu il y’a quelques années et retrouvé sans connaitre son auteur …

PPS: Je me permet d’ajouter, s’agissant du mois de mars, une pensée a Ahmed Asselah, directeur de l’école nationale des beaux-arts, assassine sur son lieu de travail, et a son fils, Rabah Salim Asselah, étudiant a la même école, tue en défendant son père. C’était le 05 mars 1994.

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