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Rappel : Rachid Mimouni : « Le jour où ils ont menacé ma fille… »

Le Nouvel Observateur. – Pourquoi avez-vous quitté l’Algérie pour vous exiler ici au Maroc ?

Rachid Mimouni. – Pour deux raisons essentielles. La première est que j’étais, depuis longtemps, menacé par les intégristes. Ce n’était pas nouveau. J’ai pris position, j’ai mes idées, je les défends et j’étais prêt à en assumer les conséquences. Mais j’avoue que je n’aurais jamais cru qu’ils s’en prendraient à ma famille. J’ai une fille de 13 ans. Le jour où ils l’ont directement menacée de mort… cela m’est devenu insupportable.

N. O. – Comment avez-vous vécu ces derniers mois en Algérie ?

R. Mimouni. – Vécu ? Disons plutôt que j’ai survécu ! Entouré d’un luxe de précautions : ne pas avoir d’horaires précis, donc commencer par abandonner mes cours à la faculté ; ne jamais suivre les mêmes itinéraires pour sortir ou rentrer chez moi, faire des détours, des demi-tours, ne jamais donner de rendez-vous à des heures précises, ne jamais être seul en voiture… Depuis un an, le simple fait de marcher dans la rue était devenu impensable. C’était le plus dur.

N. O. – Vous étiez devenu un écrivain reclus ?

R. Mimouni. – Je ne pourrais jamais vivre comme Salman Rushdie. Je n’étais pas vraiment reclus, mais il était impossible d’avoir ce qu’on appelle tout simplement une vie. Et puis il y avait les menaces. Je n’aime pas en parler. En Algérie, on peut recevoir des menaces qui ne sont que de simples mesures d’intimidation. On peut aussi ne jamais recevoir de menaces et être abattu, comme c’est arrivé à quelques intellectuels qui étaient mes amis. Je savais que mon nom était prononcé et affiché dans les mosquées alentour. Ils procèdent comme cela. Le nom est affiché et l’action est laissée à la discrétion des fidèles. D’un côté il y a les ennemis ; de l’autre, les amis qui fréquentent la mosquée et qui vous conseillent de ne plus parler, ou moins souvent. Ou différemment. J’ai reçu des lettres en arabe et en français ; elles disaient toutes la même chose : « Tu es un mécréant. On t’aura ! » Et des coups de téléphone : des insultes, des menaces de mort ou, parfois, un simple halètement au bout du fil. Ou un bruit, celui d’un couteau qu’on aiguise à l’autre bout du fil.

N. O. – Beaucoup de gens en Algérie ont reçu ce genre de menaces : journalistes, intellectuels, écrivains, tous ceux qui se sont vigoureusement opposés aux islamistes.

R. Mimouni. – Je ne m’oppose pas violemment à l’intégrisme. Je dis simplement que leur projet de société ne tient pas debout. A tort ou à raison. Mais j’essaie d’argumenter, j’accepte la contradiction. Le problème est que la seule fois où j’ai pu discuter sur une antenne de radio avec un intellectuel intégriste, il s’est contenté d’appeler par trois fois au meurtre, en direct. Leurs tracts disent : « Ceux qui nous critiquent par la plume doivent périr par le sabre. »

Source : http://www.algerie-monde.com/forums/threads/8212-Entretien-Rachid-Mimouni-%C2%AB-Le-jour-o%C3%B9-ils-ont-menac%C3%A9-ma-fille-%C2%BB