Hassan BENAOUDA


 

 

Hassan BENAOUDA, 05 Mars 1994

IL Y A DOUZE ANS, ETAIT ASSASSINE HASSAN BENAOUDA

Monsieur-tout-le monde,Par Djamel Hamouda

Cinq mars 1994,douze ans déjà.Hassan Benaouda, journaliste à la télévision nationale algérienne, avait été victime d’un attentat par balles dans son quartier de la Basse-Casbah à Alger. Il succomba à ses blessures le 12 mars 1994.

Par acquit de conscience et, face au silence de son ex-employeur l’ENTV – à pareille date – de rendre hommage à l’un des siens, comme il est d’usage pour d’autres personnes de la corporation des journalistes de la télévision, je viens avec un profond sentiment d’émotion mettre à l’honneur, un ami disparu et toujours regretté, Hassan Benaouda. Victime de la barbarie, Hassan figure sur la liste des vies humaines sacrifiées, au même titre que M. Mekati, A. Ouagueni, R. Zenati, S. Yefsah et autres. Fils de chahid, il laissa une mère, une femme, sa fille Khawla et il attendait la naissance d’une seconde fille.

«C’était un grand homme», a-t-on envie d’écrire, mais on reste là, face à la page blanche, plume en l’air. Natif de la Casbah, il résidait au numéro 14 de la rue Boutin, à Alger.

Après ses moments d’études et de révisions,puis ses journées de travail,il avait hâte de rejoindre son quartier.Il estimait qu’il n’y avait rien de tel pour se remettre les idées d’aplomb que de voir les gens, les voir vivre.

Généralement, il aimait siroter son café en compagnie de ses potes de la Casbah, sous les airs des chansons des grands maîtres du genre musical «Chaâbi», tels que Cheikh M’hamed El-Anka, Boudjemaâ El-Ankiss et Amar Ezzahi.

Les incessants rappels à la prudence, par ses proches, d’éviter le quartier, ne lui firent pas changer d’idée. C’était plus fort que lui. La Casbah lui collait à la peau.

Ce quartier plein de passé humain et symbole historique, il en était jaloux. A chaque évocation de la Casbah, Hassan s’empressait d’afficher au grand jour à son entourage son attachement, son amour à cette merveille architecturale, aux us et coutumes de «D’zayer legdima» (Vieil Alger). Il faut souligner que c’est dans cette partie de l’Ouest d’Alger qu’il a grandi et beaucoup appris de sa mère, une femme très patiente et pieuse qui, à la mort de son fils, a fait montre d’une sérénité légendaire. Aujourd’hui, je voudrais lui rappeler un proverbe «La mère d’un assassiné dort, mais pas celle d’un assassin».

HASSAN BENAOUDA. Ce nom évoque pour moi un passé si proche, la période des études universitaires, un passé où l’enthousiasme pour les belles choses était comme une fonction nécessaire de l’existence.

C’était un petit homme maigre, au visage émacié. La nature l’avait en effet doté d’un physique qui lui permettait de se fondre dans le tout-venant de la population.

Hassan était un homme d’une grande volonté. Il affichait une vivacité plaisante, agréable et une allure fringante : ses amis de l’institut lui attribuèrent le surnom familier de «moustica»

Après des études secondaires au lycée Okba de Bab-El-Oued, sanctionnées par l’obtention du baccalauréat en 1980, il s’inscrit à l’institut des sciences sociales du caroubier pour préparer une licence en sociologie.

Diplôme en poche, il décide de réaliser son rêve: entamer la vie active pour aider sa famille, concrétiser ses projets personnels et exercer à la télévision comme journaliste. Ce n’est pas du journaliste de télévision dont je veux parler ici, mais seulement de l’homme bon et de l’ami sûr auquel je veux apporter le tribut d’une affection qui a survécu à la triste séparation.

Lorsqu’on fréquentait les salles, l’amphithéâtre et les couloirs de l’université, Hassan BENAOUDA était très remarqué et apprécié par les amis et copains de la promotion voire la filière.

Lors des révisions de cours ou des préparations des exposés et du mémoire de fin d’études, au niveau de la bibliothèque nationale du boulevard Dr Frantz Fanon d’Alger, les employés de ladite structure appréciaient beaucoup sa présence, ses analyses et commentaires sportifs de la semaine. Lui, qui ne portait jamais de cartable à la main, avait par contre la manie de tenir un journal et un paquet de cigarettes.

Très frileux en hiver, il aimait se revêtir d’un manteau et s’entourer le cou d’une écharpe.

En été, il s’habillait en tenue sportive, aux couleurs rouge et noir, c’était sa manière d’exprimer son attachement au team de football de Soustara , l’U.S.M.A.

Toute sa vie, Hassan a ignoré la haine et la méchanceté; jamais on ne l’a entendu manifester pour autrui, d’autres sentiments que de la gentillesse et de la bienveillance: aussi, était-il sympathique avec les gens, plaisantin ou taquin avec ses potes et respectueux des valeurs humaines.

Homme pieux, sincèrement attaché à la religion et à ses pratiques, il ne ratait aucun appel à la prière du Muezzin. Il vivait sa foi religieuse de façon intense.

Hassan BENAOUDA s’est affiché au petit écran dans une conjoncture où, nombre de ses collègues avaient cessé l’activité du journalisme, fui le pays ou préféré offrir leurs services à des chaînes étrangères. Homme courageux, rien ne l’aurait effrayé. Il fut un journaliste de télévision passionné, éminemment consciencieux: c’est ce qui le fit grand.

Si Hassan demeure toujours présent dans mon esprit, c’est parce qu’il subsiste toujours une complicité d’il y a 24 ans aujourd’hui. De longues années semblaient encore lui être promises mais le destin en a décidé autrement.

Sa tragique disparition est une des épreuves que nous devons subir avec résignation.

Tel un météore, Hassan BENAOUDA s’en est allé, laissant derrière lui une mère, une veuve éplorée, deux orphelines et de nombreux amis et confrères attristés. Repose en paix au cimetière d’El-Kettar, ta dernière demeure. Que la terre de nos ancêtres te soit légère!

Ton ami, Djamal HAMOUDA

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