Tous solidaires avec #Bruxelles

Publié: 22 mars 2016 dans Articles de presse
Tags:, , , , , , , , ,

Algerie

Le Corps de notre ennemi
Par François De Smet le 15 novembre 2015

Notre ennemi n’a pas de visage. Il en a une multitude. Les visages d’une jeunesse fanatisée qui s’est inventé un ailleurs fait de force fantasmée, de virilité contrariée, de volonté de puissance exacerbée. Une jeunesse qui s’est convaincue qu’il valait mieux exister par sa propre destruction dans un monde binaire plutôt que de construire sa vie dans un monde devenu compliqué.

Notre ennemi nous a choisis.

Notre ennemi n’a pas de corps. Il n’est que chairs calcinées, explosées, bombes humaines fauchant d’autres existences. Il tente de trouver dans la mort une consistance qui lui échappe dans la vie.

Notre ennemi a convaincu des jeunes gens de se transformer en kamikazes et de mourir pour une cause. Il démontre un pouvoir redoutable : celui de pouvoir retourner des cerveaux adultes pour en faire de dociles éponges. Celui d’utiliser la liberté dont nous sommes si fiers pour faire de certains d’entre nous des soldats, de la chair à canon, des esclaves.

Notre ennemi a créé un fanion noir pour rassembler toutes les frustrations de ceux qui ne trouvent pas leur place dans un monde où chacun est sommé, pour le meilleur et pour le pire, de définir soi-même le sens à donner à sa liberté.

Notre ennemi est nihiliste ; son idéologie est destructrice par nature et par projet. Il ne s’arrêtera qu’avec son propre anéantissement.

Notre ennemi a choisi la mort comme religion et parvient à faire croire, en ce début de 21ème siècle, qu’un paradis attendrait celui qui tué son prochain – ce qui est une aberration à la fois pour tout athée et pour tout religieux digne de ce nom.

Notre ennemi pense, contrairement à Héraclite, qu’on peut bel et bien se baigner deux fois dans le même fleuve. Que la vie peut bel et bien ressembler à l’immobile littéralité de quelques sourates, sélectionnées selon son bon plaisir.

Notre ennemi est convaincu qu’il peut arrêter le temps et réécrire l’histoire. Il a inventé une version TNT du 1984 de George Orwell, en réduisant en gravas des chefs d’œuvre millénaires qui lui rappellent que chacun vient de quelque part.

Notre ennemi n’assume pas ses crimes. Il se prend pour le monstre du Dr Frankenstein lorsqu’il nous dit, tel un enfant gâté : « C’est de votre faute. C’est vous qui me faites faire cela. C’est vous qui m’avez créé ». Comme s’il était vraiment possible, dans le grand chaos des enchainements d’éléments, d’identifier chaque carrefour ayant mené à la route suivante. Comme si, quand bien même, la cause pouvait exonérer l’effet. Comme si le crime de masse pouvait trouver la moindre excuse. Comme si la victimisation n’était pas le masque de la lâcheté.

Notre ennemi déteste la culture, la fête, la nuance ou quoique ce soit qui puisse même de loin être soupçonné d’intelligence, de travail sur soi ou de décentrement. Il aime l’obscurité, le silence, l’immobilisme, le repli.

Notre ennemi veut nous imposer le choc des civilisations. Il veut nous diviser entre autochtones et étrangers, croyants et non croyants. Il pense que semer la haine et la méfiance est pour lui le meilleur moyen de prospérer.

Notre ennemi ne pense pas. Il prie ou bien il hurle.

Notre ennemi a décidé qu’il nous priverait d’insouciance de joie et de légèreté, rêvant d’étendre sa frustration existentielle à toute la planète.

Pourtant, notre ennemi est faible. Comme tout objet totalitaire, il est contraint de produire un mouvement fou, sans fin, en direction de ce qu’il croit être son expansion, pour détruire ce qui ne lui ressemble pas. Il ne veut pas voir que, par nature, il générera toujours autour de lui des volontés qui refuseront d’être gouvernés par la peur. Il refuse de voir que chaque pas accompli sur le chemin de ses moyens le rapproche de sa propre fin. Un crépuscule auquel il se prépare pourtant, inconsciemment, à offrir des airs d’apothéose.

C’est pour cela, en dépit des heures sombres, qu’il ne gagnera pas.

Source: https://francoisdesmet.wordpress.com/2015/11/15/le-corps-de-notre-ennemi/

commentaires
  1. HAMIHAM dit :

    Ma compassion et solidarité vont aux familles des victimes d’attentats meurtriers, de leurs proches et amis, ainsi qu’à ceux blessés ou en état de choc, quelques soient les lieux, les périodes, ou les êtres dont les vies ont été lâchement fauchés. Cela aussi nous rappelle qu’il faut plus que jamais rester vigilant et uni face à l’hydre terroriste et le chaos auquel il aspire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s