Rabah Stambouli ; LE COMMENTAIRE CORANIQUE DES FRERES MUSULMANS

Publié: 22 août 2015 dans Articles, Articles de presse
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LE COMMENTAIRE CORANIQUE DES FRERES MUSULMANS

( Rabah STAMBOULI assassiné le 23 Aout 1994 à Tizi Ouzou,  avait rédigé cet article )

Ben Badis a toujours a toujours refusé qu’on commente d’ailleurs le Coran pour les Algériens.

J’ai dit dans mon précédant article que l’Islam doit éviter la sclérose qui guette toute pensée religieuse. Le mouvement chi’ite (partisans de l’imam Ali) n’a pas cessé de rénover et d’actualiser sa doctrine en collant à la réalité et en puisant dans le coran les arguments de la permanence de l’Islam, religion de la vie capable de s’adapter à toutes les transformations de la société. Par l’Ijtihad (effort des juristes musulmans dans l’interprétation des textes sacrés). Le chi’isme n’a rien perdu de sa vigueur originelle. Le mollah Tabatabay vient de publier le commentaire coranique le plus récent.
En Algérie, Abd El Hamid Ibn Badis, a fait sortir le commentaire coranique des sentiers battus de la grammaire et de la lexicographie. Il dit ne rien attendre des commentateurs du Moyen-Orient car, les problèmes algériens sont spécifiques à l’Algérie et c’est aux Algériens à trouver dans le Coran, les remèdes à leurs maux qui sont : analphabétisme, danger d’assimilation et de dépersonnalisation.
Le mouvement des frères musulmans a lui aussi politisé le commentaire coranique : (Fi zillal al qurane) son titre est très significatif : il s’agit de vivre à l’ombre du Coran.
C’est Hassan Al Banna (1906-1949) qui fonde le mouvement des frères musulmans en 1972, dissout en 1948. Sayyid Qotb adhère à l’association des frères musulmans remise sur rail en 1951, en séjour d’études aux Etats-Unis, Qotb est de retour en Egypte où il participe à la révolution de juillet 1952. Après la victoire, Nasser l’invite à collaborer pour l’élaboration du parti unique.
Qotb refuse l’invitation de Nasser. Mal lui en prit. Il est arrêté, torturé, relâché puis repris et pendu le 20 aout 1966.
Le commentaire coranique de Qotb est plus politique que religieux. Pour lui, les musulmans d’aujourd’hui et ceux qui les gouvernent ressemblent aux idolâtre de la djahilya. Qotb a voulu construire une société fidèle au Coran et à la Sounna, à l’image de celle construite par le prophète à Médine. Tout tourne autour des musulmans d’aujourd’hui : il faut les déclarer idolâtre (takfir) ou émigrer vers une terre islamique et continuer à les combattre, comme a fait le prophète Mohamed. Qotb a abordé dans son commentaire les problèmes d’actualité : rapports entre musulmans et non musulmans, l’ordre économique, la société, le rôle de la femme dans cette société.
Qotb se méfie du rationalisme de ceux qui l’ont précédé. Même Abdou n’est pas épargné. Il se méfie des intellectuels qui se contentent de parler d’Islam et oublient de l’appliquer. L’islam qui ne colle pas à la réalité restera utopique aux yeux de Qotb.
Reste à savoir si l’application qotbienne du coran par la violence n’est pas elle-même utopique ?
QOTB, LE CORAN ET LA SCIENCE
Pour Qotb, le livre sacré des musulmans ne vise aucune science exacte. Les découvertes scientifiques étant provisoires, il serait dangereux de vouloir les utiliser pour prouver le contenu coranique, la science du reste, pour lui, ne servirait à rien sans la foi. Qotb conseille de ne pas attribuer des finalités scientifiques au rituel islamique car, à la longue, cela mènerait à la substitution de la science à la religion. Ainsi, les génuflexions de la prière en Islam n’ont pas la vocation de remplacer le cours de gymnastique. L’interdiction de la consommation de la viande de porc n’est pas une recette anti-ténia.
Le musulman doit respecter ces pratiques rituelles parce que Dieu l’ordonne et, s’il y a des retombées profitables à la santé, c’est tant mieux.
Qotb aborde le Coran en combattant de la foi et de l’Islam. Il veut instaurer un Islam originel même s’il doit passer par l’utilisation de la force. Les musulmans devront alors se soumettre à son projet de société islamique réalisé.
Le problème qui reste à mes yeux posé, est celui de savoir : qui est habilité à déclarer les autres, mounafiqounes ( hypocrites) ? Qui peut frapper d’anathème (le fakir dont parle Qotb) lorsqu’on sait que la foi est une affaire de conviction personnelle intérieure ? Toute attitude exclusive et subjective dans le domaine de la religion ne peut mener qu’à une véritable chasse aux sorcières dont les premiers à avoir fait les frais sont ceux-là mêmes qui, au nom de la liberté d’expression dans l’Egypte « démocratique » : Hassan Al Banna, Abd Al Qader Awda, Sayyid Qotb, ont fait les frais d’un pouvoir autoritaire et totalitaire étranger à la tolérance islamique, instaurée par le prophète Mohamed à Medine, eux qui ont répondu à la violence par la violence, en voulant appliquer un Islam à eux.
Ce qui aurait été conforme à l’esprit islamique de la part des « Frères musulmans » c’est la mise en application du verset coranique où Dieu s’adressant au prophète lui dit : « Si Tu avais été dur envers les hommes, ils se seraient détournés de Toi »
Rabah Stambouli
Professeur à l’université D’Alger
Publié Stambouli rabah Article Alger rep 300490dans AlgerStambouli rabah Article Alger rep 1 Républicain N°5, 30 AVRIL 1990

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