Aït-MEBAREK Allaoua …. hommage rendu par son village

Publié: 10 février 2015 dans Articles de presse
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Un émouvant hommage a été rendu du 23 au 25 juillet, au journaliste Allaoua Aït-MEBAREK, ex-directeur de la rédaction du Soir d’Algérie, ravi aux siens dans l’attentat à la bombe perpétré le 11 février 1996 contre le siège du journal, ainsi qu’à Akir Salem et Aït-Mebarek Ouramdane, deux jeunes appelés du service national tombés en service commandé lors de la décennie noire, par les habitants de Tanalt, dans la commune d’Imsouhal.
La cérémonie dédiée aux martyrs de la démocratie a été organisée par l’association culturelle Temzi qui porte le nom du défunt journaliste depuis 1996.
Tanalt, un village hospitalier
Tanalt, littéralement «le goûter », est le nom donné par les habitants de la région à ce village à cause de son hospitalité légendaire. A la djemaâ de la localité, des mets et de l’eau étaient toujours disponibles à l’intention des étrangers de passage pour leur permettre de se rassasier et d’étancher leur soif après un harassant périple à travers monts et vaux. Un nom dont est aujourd’hui fier ce village de 1 200 habitants qui a donné 25 martyrs à la Révolution pour quelque 300 âmes à l’époque. Signe des temps, la route menant au village, réalisée il y a trois ans en mono couche, selon les villageois, est éventrée. Les voitures crapahutent pour parvenir au siège de l’association et à la djemaa perchée sur la pente raide.
Les bourgeons de la mémoire
L’initiative de l’hommage est le fait des jeunes membres qui animent l’association Allaoua Aït Mebarek. Véritables bourgeons de la mémoire, ces jeunes entendent perpétuer la mémoire du défunt et de tous ceux qui sont tombés pour l’idéal de liberté pour lequel se sont sacrifiés un million et demi de martyrs. La préoccupation majeure de ces jeunes, qui avaient 5 ou 6 ans au moment du drame de la décennie noire, est de lutter contre l’oubli, d’honorer la mémoire des disparus et de faire reconnaître la dignité des victimes transformées en bourreaux par un système prêt à tout pour se maintenir au pouvoir. En avance sur leur temps, ils ne comprennent pas qu’on puisse passer aussi facilement sous silence tous ces drames qui ont endeuillé les familles algériennes.
Une émouvante cérémonie
Les villageois de Tanalt, à qui se sont joints des invités et des amis du défunt, ont fait montre d’une extraordinaire mobilisation pour honorer celui qu’on définit comme le héros de toute l’Algérie. Lors de l’inauguration de la stèle érigée en l’honneur des trois victimes du devoir, les youyous stridents ont fait corps avec la salve de coups de feu comme pour rappeler que le sacrifice de ces martyrs n’a pas été vain. Le drapeau officiel ayant servi de linceul à Aït-Mebarek Ouramdane lors de son inhumation il y a 15 ans a été ressorti à l’occasion pour dire la noblesse de la cause pour laquelle sont tombés les trois martyrs de Tanalt. L’on ne comprendra pas dès lors l’absence du P/APC d’Imssouhal dont dépend le village Tanalt. Dûment invité au même titre que le chef de daïra, il brillera par son absence, déplorent, sans le regretter, les villagois, dignes et fiers. C’est le maire de la commune voisine d’Iferhounene qui officiera l’inauguration du mémorial. Les prises de parole des familles des trois victimes du devoir feront dresser les cheveux sur les têtes des présents.
Les amis de Allaoua témoignent…
Moment fort de la commémoration, les témoignages des amis de Allaoua. En plus de ses qualités de visionnaire, d’homme de culture, d’histoire et d’art, connaissant par cœur le répertoire d’Aït-Menguellat, Allaoua était un passionné du malouf et un fan de El Hadj Tahar Fergani. Il aimait avec un égal amour la Kabylie et le Sud. Pour mieux nous éclairer sur sa personnalité, l’association a fait appel à trois personnes qui l’ont connu pour animer la conférence- témoignages. Amri Salem, ex-gloire nationale du football des années 1970 et ami du défunt dira les qualités d’écoute de Allaoua et sa réserve mais aussi ses écrits dont on ne se lasse jamais de lire. L’avocat Fellahi Abdelkader louera la dimension nationale de Allaoua qui mettait sa plume au service de ses idées et de ses prises de positions courageuses à l’orée de l’ouverture politique où il diluait ses idées libérales «pour un cerveau sans frontières ». Ibelqissen Tahar, qui a rencontré le défunt lors d’une rencontre du Comité national de sauvegarde de l’Algérie (CNSA), présidé par le regretté Benhamouda, témoignera, quant à lui, que Allaoua était de ceux qui croyaient en l’Algérie. Kamel Bougdal, vice-président de l’association des journalistes et correspondants de la wilaya de TiziOuzou, est également intervenu pour dire son émotion, sa joie de partager l’événement avec la population de Tanalt et son espoir de voir se pérenniser l’initiative. L’on apprendra ainsi que Boudiaf voulait avoir Allaoua dans son staff et qu’il était l’initiateur du premier téléthon algérien.
Plaidoyer pour le changement du système et non pour un changement dans le système
Lors des débats ayant suivi la projection du film documentaire «L’encre de la liberté» et d’un extrait radiophonique – Allaoua était co-fondateur de l’une des premières radios communautaires en tamazight —, une voix s’élève pour s’interroger sur «le mystère» ayant entouré sa mort. Notre confrère SAM, neveu du défunt, expliquera que le défunt était ciblé comme journaliste qui usait de sa plume contre ceux qui utilisaient l’islam à des fins politique et que sa mort n’avait rien de mystérieux. «J’ai moi-même identifié le corps de mon oncle à la morgue où gisaient 23 autres victimes de la barbarie», dira-t-il. Le défunt appelait à un changement du système et non pour un changement dans le système. «J’aurais aimé qu’il ne soit pas mort pour entretenir l’illusion de le voir revenir un jour, mais ce n’est pas le cas car les morts ne reviennent jamais», conclura-t-il.
«Notre seule démarche est de vous voir partir»
Le riche programme concocté par l’association a également inclus une conférence sur le parcours et la vie de Allaoua Aït- Mebarek qui a été passé en revue par le conférencier Arezki Hammami, une exposition sur l’artisanat berbère mais aussi une exposition de photos et d’articles de presse sur l’horreur du 11 octobre 1996 dans des articles émouvants de Zoubir Soussi qui a relaté les derniers moments du journaliste et de Naïma Yachir qui est revenue 10 ans après sur cette tragédie qui avait également touché deux autres journalistes, Rebihi Fayçal et Chihoub Saïd soulevant une vague d’indignation, notamment de la part de FédéricoMayor, DG de l’Unesco et de la FIJ. Lors d’une mémorable table ronde à la radio Chaîne II animée par Ahmed Salim une semaine avant la disparition de Allaoua, et qui avait mis face-à-face des partisans du changement et des hommes du pouvoir qui pensaient qu’il était possible de canaliser l’ex-FIS, Allaoua avait rétorqué qu’il était inenvisageable de faire l’expérience avec la mort». Puis d’asséner à Messaoud Aït-Challal qui préconisait une démarche de sortie de crise : «Notre seule démarche est de vous voir partir.» Pour clore les festivités, un gala mettant en vedette le chanteur Makhlouf, un jeune loup de la chanson kabyle, au riche répertoire et à la voix de rossignol, a été organisé en soirée à l’intention des villageois pour dire le message d’espoir légué par les trois martyrs de la liberté.
S. Hammoum

Source : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/07/27/article.php?sid=120624&cid=2

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