Des enfants pris pour cible — 24 Nov 1994 

Publié: 19 novembre 2014 dans Articles de presse

En une semaine, un gosse de sept ans a été égorgé et un écolier blessé par balle. Les terroristes algériens s’en prennent désormais aux enfants.
Correspondance particulière.
ABDELGHANI a dix ans. Il est le fils d’un ouvrier soudeur d’une entreprise de métallurgie. Ce matin du 20 novembre, à l’école primaire du village de Benkhelil, distant de quelques kilomètres de Boufarik, en plein coeur de la Mitidja, l’instituteur demande au petit Abdelghani d’aller nettoyer dans la cour de l’école primaire la brosse avec laquelle on efface le tableau noir. Il est onze heures quand le petit Abdelghani sort de sa classe. Il ne sait pas que trois hommes rôdent à bord d’un véhicule léger.
Au moment où le petit enfant commence à dépoussiérer la brosse, l’un des trois hommes lui tire dessus. Une balle l’atteint à la tempe gauche. Leur forfait accompli, les trois hommes prennent la fuite. Le petit Abdelghani a été transporté d’urgence à l’hôpital Frantz-Fanon de Blida où il serait hors de danger. Mais les médecins ne se prononcent pas sur les séquelles de cette blessure sur l’enfant. Deux patientes, la soixantaine passée, entourent le petit Abdelghani et prient pour son rétablissement. Dans cette région qui se situe entre Boufarik et Blida, le GIA avait proféré des menaces contre les parents et les enseignants leur enjoignant de boycotter l’école.
Ce qui s’est passé à la rentrée scolaire en septembre dernier à Kraissia, localité distante d’une vingtaine de kilomètres de Boufarik, a découragé plus d’un parent d’envoyer ses enfants à l’école. Un groupe de six hommes avait alors pris en otage un collège du village. Après avoir rassemblé le personnel enseignant et les élèves dans la cour, tout en prenant soin de procéder à la séparation des sexes, ils ont «bastonné» le directeur de l’établissement. Puis ils ont fait avaler à un enseignant son paquet de cigarettes au motif qu’il a enfreint l’interdiction de fumer proférée par le GIA. Les jeunes filles qui ne portaient pas le hidjab ont été déshabillées devant leurs camarades. Personne ne fut assassiné, mais «l’émir» du groupe, qui a recensé les noms des enseignants, leurs adresses, les a menacés de mort au cas où ils enfreindraient l’ordre de boycott scolaire du GIA. L’histoire de cet acte s’est vite répandue dans la région.
Un enfant de de sept ans égorgé
Cela a suffi pour convaincre les parents de ne plus envoyer leurs enfants à l’école dans les villages des environs de Blida. Ici comme ailleurs, tout le monde a en mémoire ces enseignants assassinés devant leurs élèves. Comme ce fut le cas à Tahert, du côté de Jijel.
En commettant cet acte, le GIA a visiblement cherché à intimider de nouveau les parents d’élèves. Car depuis un mois environ, les enfants avaient repris le chemin de l’école, comme leurs petits camarades des villes ou d’autres régions d’Algérie. Cet enfant n’est pas la première victime des terroristes. A Tazoult (ex-Lambèse), un enfant de sept ans a été égorgé par deux terroristes. Cela s’est passé le 18 novembre vers 17 heures. Les deux hommes ont pénétré de force au domicile de cet enfant pour assassiner le père, un enseignant, connu dans cette ville pour son militantisme actif en faveur d’une école de progrès, et bien sûr condamné à mort par les islamistes. Ne l’ayant pas trouvé, ils ont tué l’enfant et ont pris la fuite. Un crime qui rappelle ceux de la mafia italienne.
Les intégristes ont déjà inscrit de nombreux enfants à leur tableau d’horreur. Et bien avant l’attentat à la bombe qui a déchiqueté plusieurs scouts âgés de cinq ans à onze ans le 1er novembre dernier à Mostaganem. Cela a commencé en 1989, quand le FIS agissait dans la légalité. Cette année-là, à Ouargla, après un prêche incendiaire, un groupe de militants du FIS s’était dirigé vers la maison d’une femme accusée de «mauvaise vie». Elle fut brûlée vive avec son bébé âgé de quelques mois dans l’incendie de sa maison, allumé par les intégristes, sous les cris de «Allah el-Akbar». A l’aéroport d’Alger, en septembre 1992, un attentat à la bombe organisé par Hocine Abderrahim, ancien secrétaire de Abassi Madani, le chef du FIS, déchiquetait plusieurs enfants, dont une jeune lycéenne «beur» qui s’apprêtait à retourner en France. A El Hachimia, près de Lakhdaria (ex-Palestro), la famille d’un gendarme à la retraite est décimée par un groupe terroriste. Parmi les victimes, deux jeunes soeurs âgées de onze ans et neuf ans, violées avant d’être égorgées.
Des images bouleversantes
Les images montrées alors par la télévision ont bouleversé la société algérienne et n’étaient pas étrangères à la formidable mobilisation des femmes, le 22 mars 1994.
Plus près de nous, ce fut le calvaire vécu par la jeune Zoulikha, âgée de quinze ans, encore lycéenne, violée et égorgée à Birtouda en compagnie de sa soeur. Ces faits sont malheureusement légion. Les enfants sont ciblés par le terrorisme au même titre que les adultes. Nombreux sont ces enfants, plus d’un millier, qui ont vu leurs parents assassinés devant eux, comme ce fut le cas, en janvier 1993, de Achour Mohamed, un militant de progrès, tué de plusieurs balles devant son fils âgé de douze ans, à Khemis el-Khechna.
Ces assassinats ne sont pas étrangers à la mobilisation à laquelle on assiste en Algérie et à la multiplication, à travers les villes du pays, des marches de dénonciation du terrorisme.
HASSANE ZERROUKY
Source : http://www.humanite.fr/node/91871#sthash.lWrgpxsF.dpuf

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