Chronique du jeudi : «LES BELLES ET LA BÊTE »

Publié: 28 septembre 2014 dans Articles de presse

à la mémoire des  11 enseignantes  de Sidi Bel Abbès ( et leur chauffeur ) assassinés

« Pour moi, un bon terroriste est un terroriste mort ! » répliqué-je à ce SUISSE, responsable de la Croix-Rouge internationale en mission à Sidi-Bel-Abbès, alors qu’il était en train de m’assommer avec les sermons stéréotypés de «respect de droits de l’Homme,» de  « justiceéquitable», de  « droit à la défense» et tutti-quanti. Au bout de 5 heures de polémique, nous nous quittâmes chacun campant sur ses positions. Le lendemain, il est rentré. Quatre  jours après, je reçois un coup de fil de Caracas (où il devait certainement enseigner les mêmes sermons aux «indigènes » locaux) pour juste me dire : « Vous avez réussi à semer le doute dans ma conscience, Monsieur ! » Rien que ça ? Alors, tant mieux!
Dans deux jours, cela fera 17 ans. Ironie du sort, en 1997, le 27 septembre était un samedi, en 2014, ce sera également un samedi. 17 ans qu’elle est partie sans dire au revoir, sans dire Adieu. Mais le savait-elle ? Parfois il me semble que oui. Et cela me culpabilise énormément. Je n’ai pas été capable de lui régler son problème. Elle m’a sollicité avec insistance. J’aurai pu avec un peu plus de sérieux, mais j’ai été négligent. J’ai été méprisable. Deux semaines plus tard, elle me relance. « Tonton, tu dis toujours que je suis ta préférée parmi mes sœurs, alors prouve-le ! J’ai peur.» C’était la dernière fois que je la voyais. La dernière fois où je l’ai serrée dans mes bras. Il est vrai que je l’ai presque élevée. Elle n’avait pas 3 ans quand elle a perdu son père, l’ainé de mes frères. Aujourd’hui, je revois son sourire et j’ai des remords. Quand je perçois des nœuds d’estomac, Je me réfugie dans le destin, à la quête d’une hypothétique consolation.Que Dieu Tout Puissant dispose de Ses Créatures. Même si j’ai fait quelque chose, cela n’aurait rien changé pour autant. C’était écrit.
Le 27 septembre de cette année, Sidi-Bel-Abbès et toute la région connut un terrible cataclysme. Le ciel était subitement devenu sombre à l’aune de l’après-midi de ce jour maudit. Il a plu des torrents. Les routes étaient coupées par des rivières jaillies d’on ne sait où. Les cours d’eau asséchés depuis des lustres reprennent leur lit comme s’ils n’avaient jamais tari. Les arbres séculaires ne résistaient plus aux bourrasques et s’arrachaient comme des troncs mités. Bien avant le crépuscule, c’était déjà la pénombre. La route EMPRUNTÉE par ces victimes du devoir, serpentait au centre de la foret de Sfisef dont les arbres séculaires et la dense végétation perdaient ce jour, leur légendaire fierté, devant la puissance de la nature en colère. La proximité du cimetière de Sidi Yahia n’était pas faite pour édulcorer l’atmosphère. Les longilignes eucalyptus désertés comme par enchantement de toute la faune habituelle, pliaient comme des roseaux ; les peupliers dont les cimes narguaient le ciel, se faisaient tout petits. Cela n’augurait rien de bon, disaient les sages.
Ce samedi était différent de tous les autres. Il était maudit. Les Anges étaient en colère, Dieu Tout Puissant était en colère.
Parce que certaines de ses créatures, des revenants de l’ère de Lot, A’ad  et  Thamoud ont bafoué les rudiments de l’Humain. Ces déchets de Gogh et Magog, affreux, sales et cruels firent pire que Pharaon qui a pourtant clamé : « je suis votre Dieu Tout Puissant!»
Des êtres humains qu’Il a crée, les dotant de cerveaux pour – ne serait qu’un instant de leur vie – réfléchir, ont commis le plus bestial des actes, la plus cruelle des monstruosités, dont ne sont capables, ni les prédateurs, ni les animaux, ni même Hassan Essabah père fondateur de la Secte des assassins (assassyines, fondamentalistes) ni les cannibales, ni les mongoles, ni les nazis….
Cette fin d’après-midi sonnera le glas pour 11 jeunes filles et femmes et un jeune homme dont le seul crime aura été de se sacrifier pour le Savoir. Des jeunes, amènes et pauvres qui ont résisté et se sont mobilisés pour aller à travers «la jungle» chaque matin et revenir chaque soir, sur une distance d’une dizaine de kilomètres, juste pour enseigner les chérubins d’un hameau, Ain Aden. Les jeunes filles et le jeune homme venaient de Sfisef et de Mostefa Benbrahim. Ils payaient leur VOYAGE chaque jour. A bord d’une «Karsan» Juste pour enseigner des écoliers. Leur apprendre à construire leur avenir, l’avenir de leur Pays. C’était leur crime, selon leurs bourreaux.
Mais le désarroi d’un homme, c’est lorsque tenaillé par les remords, étranglé par la culpabilisation, se trouve incapable de reconnaitre le corps de sa nièce. Elle était pourtant là, allongée sur un tréteau au niveau de la morgue de l’Hôpital de Sidi-Bel-Abbès, au coté des onze autres victimes, recouverte d’un drap immaculé. Le linceul retiré mettait en évidence des visages qui se succédaient et qui, étrangement, à mes yeux, se ressemblaient. Laquelle est ma nièce? Impossible de le dire. Soudain un espoir surgit : peut-être qu’elle a été épargnée. Surtout que les informations distillées hier soir, disaient qu’il y avait quelques enseignantes qui ne sont pas rentrées et ont passé la nuit dans lesdemeures de leurs amies à Ain Aden et à Zerouala. Peut-être que…. Mais ce n’était que la triche de la culpabilisation. Mon frère arrivé, reconnut immédiatement le corps. Elle était là au même titre que les autres.
Le CHAUFFEUR – le seul épargné – raconte qu’au moment où elles entamaient en chœur la «chahada», la Bête s’est mise à la besogne. Elle prit les Belles une à une et les égorgea d’un trait d’une oreille à l’autre. Debout. L’intrépide jeune homme tenta une évasion. Il aurait pu réussir à la faveur de la densité de la foret, s’il n’avait pas été blessé. Rattrapé, il est achevé au couteau. Égorgé lui aussi. Son cadavre ne sera retrouvé qu’un jour plus tard.
Elles ont du lutter contre la mort. L’une d’elles, sera retrouvée quelques mètres plus loin que le «tas» de cadavres. Elle a du dans son râle, ramper….
Le Wahhabisme depuis Mohammed Abdou jusqu’à El Qaradaoui, a détruit la jeunesse Algérienne, la Société entière respire le fanatisme. Quand on remarque que l’Hôtel Hilton d’Arabie Saoudite a été construit sur la maison d’Abou Bakr, que la maison de Khadidja a été transformée en toilettes publiques, la destruction de l’Islam authentique, notre Religion, est bien entamée.

Alors, quand je vois la Bête  répondre avec un rictus jaune au Président du Tribunal qui lui demandait pourquoi ce crime: « Dieu Pardonne le passé!« , j’ai l’impression qu’il veut dire: « Si c’était à refaire, je le referais sans hésiter! »  Ni regrets, ni remords, ni pardon!  Quand je vois Madani Merzag raconter calmement, avec un sourire narquois, devant un parterre de journalistes, son « acte de bravoure» consistant à égorger un jeune appelé, je ne comprends pas le sens de la réconciliation. Quand je vois tous ces émirs, tous ces terroristes mener une vie de nabab avec l’argent du racket recyclé, je ne peux comprendre le sens de cette réconciliation. Quand je vois la charogne user d’exhibitionnisme macabre avec la décapitation   d’Hervé Pierre Gourdel,  remettant en cause tous ces cris de victoire d’une réconciliation, par le froid assassinat d’un homme venue juste pour aimer la montagne Kabyle,  alors éradicateur, je suis!

Et je ne peux m’empêcher de vouloir extraire des larmes de mes yeux, pourtant taris depuis longtemps. Je ne peux ne pas avoir une pensée pour les Kheira, Amina, Aziza, Rachida, Zohra, Fatima, M’hamdia, Naïma, Hafida, Hanafia et Sahnounia. Je ne peux ne pas avoir une pensée pour Habib, leur collègue.
Enfin, je ne peux ne pas avoir une pensée pour toutes les victimes du terrorisme abject.

djillali@bel-abbes.info

http://bel-abbes.info/?p=35360

commentaires
  1. Djillali CHERRID dit :

    Bonjour, Nazim.

    Juste une précision, il s’agit de 11 enseignantes et un enseignant et non 12 enseignantes. Amitiés.

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