reportage de Mohamed Issami sur le GIA à l’Ouest du pays

Publié: 23 septembre 2013 dans Articles de presse

A lire ce reportage de Feu Mohamed Issami sur le GIA à l’Ouest du pays
L’histoire Du G I A
Enquête : au cœur des maquis de l’Ouest
Les régions de l’ouest du pays ont été fortement endeuillées par les massacres terroristes. Depuis les charniers de Relizane jusqu’à la série de carnages ayant ciblé récemment des familles dans différentes localités de Chlef, les groupes terroristes
à l’Ouest occupent le terrain. Notre collaborateur Mohamed Issami a mené l’enquête dans la région de Sidi Bel Abbès.

III. Premiers « émirs »

Les groupes terroristes de Sidi Bel Abbès sont regroupés en trois katibate. La plus importante, dirigée directement par Benchiha, est évidemment la tristement célèbre El Ahoual. Lors de sa création, elle portait le nom de katibat El Ahoual Es Salafiyyat que lui avait attribué Benchiha, qui aimait, en même temps, l’appeler le « Groupe des Badriyine » en référence à la première grande bataille d’El Badr du Prophète (an II de l’Hégire, mars 624)

Par Mohamed Issami*

La neutralisation de Ould Moumna a permis l’émergence de Kada Benchiha et celle de Mustapha Akal, qui a succédé à la tête du groupe dirigé par Abdelkader Fedhal. Ce dernier, ancien militaire qui avait rejoint le groupe de Takfir Wa Hidjra, constitué dès 1989 et dont l’influence sur les terroristes allait en grandissant, a été mis sur le banc des accusés par le duo Benchiha-Akal qui ont fait courir sur lui la rumeur d’appartenir aux services secrets. Pris de rage, et pour se laver de cette accusation, il organisa un attentat contre un fourgon de police et claque la porte en décidant de quitter définitivement le pays pour le Maroc, où, dit-on, il avait une épouse à Oujda.
Circulant avec de faux papiers, il fut reconnu au poste frontalier par un citoyen originaire de Telagh qui informa les services de sécurité, mettant fin ainsi à la triste renommée de celui qui a été à l’origine de la filière du trafic d’armes à partir du Maroc.

Restructuration des groupes terroristes
Se retrouvant de fait « émir de l’Ouest », Benchiha commença par restructurer les groupes terroristes et lancer une série d’attaques meurtrières contre les forces de l’ordre et la récupération de plus en plus importante d’armes de guerre. Sous l’apparence de la brute monstrueuse qu’il fut, il avait la larme facile quand il découvrait qu’il avait été mal jugé par ses hommes de confiance, mais en même temps il ne faisait confiance à personne et avait un wichaya (délateur) dans chaque groupe.
Restructurés, les groupes terroristes de Sidi Bel Abbès sont regroupés en trois katibate.
La plus importante, dirigée directement par Benchiha, est évidemment la tristement célèbre El Ahoual. Lors de sa création, elle portait le nom de katibat El Ahoual Es-Salafiyyat que lui avait attribué Benchiha qui aimait, en même temps, l’appeler le « Groupe des Badriyine » en référence à la première grande bataille d’El Badr du Prophète (an II de l’Hégire, mars 624). Pour cette raison, il tenait à ce que cette katibat soit constituée de manière permanente de 350 éléments pour imiter le nombre de cette première armée de l’islam qui a pris part à la bataille de Badr.
Celle-ci fut mise sous la responsabilité de Yahia Sekrane, alias Abou Zakaria, secondé par Djamel Nouaïm – qui sera plus tard assassiné sur ordre de Zouabri – connu pour avoir été jusque-là le wichaya de Benchiha au sein du groupe de Telagh. Alors que Benchiha affectionnait particulièrement la région de Jgara (entre Saïda et Sidi Bel Abbès), El Malaïka est chargée d’écumer le centre de la wilaya, entre Merine et Dhaya, vers Tlemcen, en passant par Moulay Slissen.
Et toujours par référence au temps et aux batailles menées par le Prophète, la troisième katibat fut baptisée En-Nakhla du nom d’un « raid » organisé par les Médinois (décembre 623) et qui peut être considéré comme le premier acte offensif de ceux qui avaient embrassé la religion musulmane contre leurs opposants.
La particularité de ce « raid » qui porte le nom du lieu où il a eu, et que Benchiha a choisi pour cette katibat, c’est qu’il a eu durant le mois sacré où, jusque-là, toutes les tribus suspendaient tout acte de belligérance et toute hostilité.
Les premiers chefs terroristes qui ont apparu à Sidi Bel Abbès comme Ould Moumna, Benchiha et d’autres comme Saïd Ouali, alias Abou Dher, qui était lié à Kari Saïd, Mansouri Méliani et Omar Eulmi, avaient fait leur « baptême du feu » en Erythrée parmi les groupes islamistes armés de ce pays au sein du Mouvement du djihad islamique d’Erythrée qui n’est pourtant pas connu pour avoir attiré des « volontaires » algériens. Ce mouvement, bien que groupusculaire, plus connu sous le nom de Jihad Erythrea, créé en 1989 et soutenu par l’Iran, le Soudan et Ben Laden, était plus connu pour son hostilité violente contre le Front de libération du peuple d’Erythrée, laïc, qui se battait pour l’indépendance du pays dans une perspective républicaine et moderniste. Le cauchemar que connaîtra l’Ouest algérien sous les monstruosités du GIA avait ses racines en Erythrée. Les rapports de l’époque d’Amnisty International sur les pratiques du Jihad Erythrea n’ont rien à envier à ceux que Benchiha et ses partisans sèmeront autour d’eux.
Les « repentis » rencontrés dans la wilaya de Sidi Bel Abbès insistent pour attirer l’attention sur le fait que Benchiha était en avance dans la pratique terroriste sur le « commandement » du GIA au niveau national.

La mise à feu
Pour preuve ils avancent, entre autres, les attentats contre les ressortissants étrangers qui, selon eux, ont commencé dans la région avec l’assassinat de deux géomètres français le mois de septembre 1993, donnant ainsi l’exemple à suivre qui ne sera exécuté à Alger qu’un mois plus tard avec l’enlèvement de diplomates de la même nationalité. Il est relevé, en effet, que le GIA de l’Ouest a eu dans beaucoup de cas une longueur d’avance sur les autres groupes de la même organisation. La barbarie innommable qui le caractérisera repose pour beaucoup sur l’importance de l’armement et la quantité astronomique de munitions dont il disposera, volés parfois grâce à des complicités en s’attaquant à des infrastructures militaires. L’évasion de prison d’une soixantaine de détenus, dont une moitié de soldats et de gradés et les armes emportées, d’une part, et l’attaque d’un casernement à Telagh suivie d’autres actions terroristes de même type, d’autre part, ont encouragé leur bestialité qui ne connaîtra aucune limite. Cette évasion dont les « cerveaux », nous dit-on, notamment Ahmed Kahlouch et Saïd Ouali rejoindront Benchiha, a été un des facteurs qui lui fait pousser des ailes pour prétendre que c’est à lui que doit revenir le droit d’être le plus grand criminel et de diriger le terrorisme au niveau national. Il sera celui chez qui atterriront la plupart des déserteurs même si, malgré l’intox du FIS à l’époque, ils ne sont pas légion.
L’horreur du carnage de Telagh nous a été racontée dans le détail, avec Tayeb Djariri, alias Djaâfar, qui ligotait les jeunes soldats suivi de l’égorgeur qui utilisait des baïonnettes qui s’émoussaient rapidement et qui devait chaque fois en changer pour aller vite. Les « repentis », non sans sourire, ont évoqué le souvenir du soldat complice qui avait maîtrisé les sentinelles en sabotant les percuteurs de leurs armes avant l’attaque et à qui Benchiha avait promis qu’il se contentera de voler les armes sans attenter à la vie de quiconque. Le malheureux, en constatant la boucherie, courait d’un groupe de terroristes à un autre en suppliant, en français : « Ah non ! non ! ça suffit comme ça ! Arrêtez ! Arrêtez ! » Tout le temps qu’il restera auprès de Benchiha dans les camps, toujours seul, la tête entre les mains, les terroristes, en passant près de lui, ne manquaient jamais de lui répéter cette phrase qui les faisait rire aux éclats.
Cette haine et cette hargne que rien ne pourrait justifier, Benchiha aura à l’exercer contre des membres de sa propre famille dans sa commune natale, Sidi Ali Boussidi. Il en sera ainsi pour son oncle maternel qu’il égorgera de ses mains le suspectant d’avoir été à l’origine du « repentir » de son frère cadet. Ce dernier n’a pu avoir la vie sauve, cette nuit-là, que grâce à la mère d’un policier qui l’avait caché chez elle, alors que son propre fils sera assassiné. Cette nuit-là tout ce qui est public, et même ce qui ne l’est pas, sera la proie des flammes et du saccage. De la mairie à la Sempac (magasin de semoule), en passant par la pharmacie, un salon de thé et le cimetière communal. Cette pratique de la terre brûlée sera répandue aux quatre coins de l’Ouest. Ce sera à qui fera plus que Benchiha. C’est là l’une des raisons qui va l’amener à plier bagage et, à bord de camions et même de bus, faire quitter à ses hordes la « base principale » de Bouhnech, dans le Tessala, pour avancer vers Aïn Defla. Et ce sera également le début de sa fin.
M. I.

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